L’Ecole de design Nantes Atlantique mène 80 projets d’entreprise chaque année

Le design responsable et durable est une thématique encore nouvelle, difficile à appréhender pour les entreprises qui demandent à être accompagnées. Partenariats, formation continue, apprentissage, … l’Ecole de design de Nantes Atlantique peut les aider dans cette démarche d’éco-responsabilité, expliquent Jean-Luc Barassard et Loïc Milin, en charge du service Stratégie Entreprises à l’École de Design.


La collaboration avec les entreprises fait partie de l’ADN de l’Ecole de design Nantes Atlantique. Quelles différentes formes peut prendre cette collaboration ?

Depuis le début de la création de l’Ecole de design de Nantes Atlantique (en 1988), nous faisons en sorte que la collaboration avec les entreprises soit partie prenante du cursus des étudiants (dès la 3e année), qu’ils comprennent comment le designer va se positionner dans l’entreprise et quel rôle il va y jouer. Cela peut prendre plusieurs formes, comme des stages, de l’apprentissage ou des projets suite à une problématique identifiée par l’entreprise. Nous menons environ 80 projets par an en lien avec 70 entreprises du territoire dans tous les domaines (industriel, agroalimentaire, santé, collectivités locales…).
Autre volet, la formation continue. Notre cheval de bataille depuis quelques années est de faire rentrer la culture du design dans les entreprises, de manière à ce que la fonction design soit considérée comme un véritable pilier de la stratégie au même titre que les fonctions marketing ou informatique. Pour ce faire, il faut commencer par former les compétences en interne qui vont s’approprier cette nouvelle manière de faire, de concevoir, d’embarquer leur équipe pour faire évoluer un produit, un service, voire un business-model. Et les choses bougent. On observe ces dernières années une forte augmentation des demandes de formations continues en design thinking. Elle concerne tous les domaines, même les services des ressources humaines cherchent à innover dans leur approche dans l’objectif notamment d’améliorer leur marque employeur.

Des exemples concrets de collaboration avec des entreprises locales ?

Nous menons de nombreux projets avec différentes entreprises du territoire. Nous avons ainsi accompagné l’entreprise ARMOR sur la manière de créer un nouveau monde, un imaginaire autour du film photovoltaïque, en proposant des produits  et services innovants et responsables utilisant cette nouvelle technologie avec un fort enjeu d’économie circulaire et d’environnement pour les marchés  africain et indien notamment.

Autre exemple avec le fabricant de chaussures Eram avec qui nous réfléchissons à des approches d’éco-responsabilité pour définir de nouvelles expériences clients et leur traduction en terme de produits, packagings, services ou encore aménagement des points de vente. Ou encore avec la startup E-Cobot, qui fabrique des cobots pour aider l’homme dans son travail et qui a embauché un ancien élève de l’Ecole de Design de Nantes Atlantique et a ainsi complètement intégré le design dans sa réflexion, notamment sur l’approche des nouveaux marchés.

L’entreprise agroalimentaire Eurial, qui produit des fromages à base de lait de chèvre, a elle aussi complètement intégré une démarche design. Son Chef de Projet R&D Exploration et Sous-traitance a suivi une formation continue, et l’entreprise prend régulièrement des étudiants en stage et propose un projet de design par an. Nous accompagnons aussi l’assureur la MAIF, en travaillant sur la manière dont l’expérience collaborateur peut interagir sur les clients mutualistes et leur nouveaux services permettant d’être présent au quotidien auprès de leurs sociétaires.

Enfin, le magasin Auchan (Saint Herblain) avec qui nous avons travaillé en co-design sous la forme d’un atelier de design thinking pour repenser l’expérience collaborateur et les espaces de travail et de convivialité.

De quelle manière le design peut-il être une réponse à des exigences de durabilité et d’écoresponsabilité ?

Aujourd’hui, cette problématique de la durabilité et de la circularité d’un produit est partout. La question qui se pose pour les entreprises est plutôt de savoir comment créer de la valeur à partir de ces exigences de circularité. C’est simple : il faut intégrer cette dimension dès le stade de la conception du produit. En réfléchissant aux divers aspects de la vie d’un produit que sont son recyclage (qu’il soit facilement démontable lors de son recyclage), sa réparabilité (prévoir des pièces de rechange), son usage fonctionnel (en achat ou location) et son emballage (réduction des volumes, quelles matières, absence d’emballage…). Ces exigences s’étendent aussi au numérique responsable avec des applications moins consommatrices d’énergie.
Et cette dimension est encore nouvelle pour les entreprises. C’est pourquoi l’Ecole de design Nantes Atlantique a décidé de former ces étudiants à cette nouvelle dimension dès leur 2e année et qu’une nouvelle formation continue sur l’économie circulaire sera proposée dès le mois de mai pour former les designers déjà en poste. 
Les consommateurs sont plus que jamais en forte demande de produits circulaires, recyclables, mais ils sont aussi très sensibles à la cohérence globale de l’entreprise vis-à-vis de cette démarche. Si le produit répond à cette demande, mais que la communication ne suit pas, cela ne pourra pas fonctionner. L’Ecole de design de Nantes Atlantique peut aussi aider à gagner en cohérence dans cette nouvelle dimension de la stratégie d’entreprise.

Photo ©Jean-Charles Queffélec - EDNA