« Le design est une discipline de représentation du monde de demain », Christian Guellerin, directeur général de L’École de design Nantes Atlantique

A la rentrée 2022, L’École de design de Nantes Atlantique s’offre de nouveaux bâtiments au cœur du Quartier de la Création sur l’île de Nantes. Ce sont 1700 étudiants et apprentis qui s’apprêtent à y faire leur rentrée. Rencontre avec Christian Guellerin, son directeur général, qui revient sur les spécificités de L’École de design de Nantes Atlantique, en particulier son ancrage avec le monde professionnel, marqueur fort de l’ADN de l’école.

Dès sa création, l'Ecole de design de Nantes Atlantique était tournée vers le design industriel. Est-ce toujours le cas 30 ans après ? 

En charge de la gestion de l’école, la CCI Nantes St-Nazaire avait décidé dès l’origine d’en faire une école de design industriel.  Il est vrai qu’en France, à la différence de beaucoup d’autres pays, le design n’est pas considéré comme une discipline académique. Il n’est pas enseigné à l’université, mais s’est plutôt développé autour des disciplines artistiques, des Arts Appliqués voire de l’artisanat. Construit sur la zone de La Chantrerie, au cœur d’un pôle universitaire, à proximité de l'IMT Atlantique, de l'Ecole supérieure du bois et d’ONIRIS, le 1er bâtiment de l’école a été conçu pour accueillir 80 étudiants.

A l’époque, mon objectif visait justement à donner une dynamique professionnelle et industrielle, pour passer d’une culture de la création à celle de l’innovation. Il s’agissait de multiplier les passerelles professionnelles pour faciliter l’emploi des étudiants diplômés, et également de sensibiliser les entreprises au design, à la création et à l’innovation. 



Vous développez un grand nombre de partenariats et d'apprentissages, plus que n'importe quelle école... 

Afin de rester compétitives, les entreprises ont besoin d’innover pour s’adapter en permanence aux modifications des contextes technologiques, sociétaux et/ou commerciaux. Les étudiants-designers les nourrissent d’idées sur des scénarios de nouveaux usages qu’ils appliquent aux produits, aux emballages, aux aménagements d’espace, aux applications digitales, aux services…Ces projets sont retravaillés par les services d’innovation des entreprises, leurs ingénieurs, leurs designers, leurs agences ou leur service Marketing. Quelque 80 partenariats sont ainsi conclus chaque année et directement intégrés à la pédagogie. Nous travaillons en amont avec les entreprises sur la définition d’un cahier des charges compatible avec les enseignements, ensuite proposé aux professeurs et aux étudiants. C’est une étape primordiale pour commencer à amener les entreprises sur des chemins de traverse. Une entreprise qui veut innover a une tendance naturelle à reproduire ce qu’elle sait faire, il s’agit de travailler un autre paradigme. La question « Que pouvons-nous faire d’autre avec ce que nous savons faire ?» est au cœur des réflexions et des pratiques du designer.

Outre ces 80 partenariats, nous gérons des formations en apprentissage -  DN MADE* (Bac +3), Licence et Master -  en collaboration avec près de 350 entreprises, et 400 stages en France et à l’étranger. Nous avons également développé un service de formation continue. 

*Diplôme National des Métiers d’Art et du DEsign 


En quoi les entreprises ont-elles besoin des designers  ? 

Nous avons été sollicités récemment par un industriel de l’habillement pour réfléchir à de nouveaux usages et notamment ceux de chaussures connectées. A quoi pourraient servir des chaussures connectées ? Le travail du designer est alors d’imaginer, de représenter des scénarii d’usage, de les rendre objectifs, réels et d’en déterminer leur acceptabilité. 

Cette entreprise a récemment créé une filiale qui conçoit, fabrique et commercialise une chaussure qui détecte les pertes d’équilibre de ceux qui les portent, augurant une activité potentielle de service médicalisé associé à la chaussure et le développement de nouveaux marchés. 

Cet exemple illustre bien le caractère stratégique du design qui fait réfléchir l’entreprise à un changement de modèle économique. Non plus « concevoir, fabriquer et vendre les chaussures » mais « offrir les chaussures » et « vendre le service associé ». Cette démarche peut s'appliquer à n'importe quel domaine.  




De quelle manière le design peut-il nous aider à aller vers un monde plus responsable ?

En matière de modifications des contextes, l’un des plus prégnants concerne la responsabilité écologique. Il s’agit de spéculer sur le monde dans lequel nous voulons vivre demain. Le designer est par nature impliqué dans toutes les réflexions sur un monde durable. Aujourd’hui, on ne peut plus concevoir un projet sans se poser la question du recyclage, de l’autonomie en énergie, de son empreinte carbone, etc. Le design tient compte de l’évolution des contextes technologiques, sociétaux, écologiques. Tous les projets sont empreints de cette dimension de responsabilité sociétale. Il s’agit par ailleurs d’aider les entreprises à évoluer vers plus de responsabilité quant à leur environnement. 

L’Ecole a été précurseure dans ce domaine en changeant, il y a 10 ans, l’organisation de ses programmes de Master pour les faire coïncider aux problématiques de responsabilité sociétale. Elle a ainsi créé 5 Designs Labs, plateformes de recherche et d’innovation consacrées à une exploration par le design des thématiques liées aux mutations sociales, technologiques et économiques contemporaines : Care Design Lab (santé & qualité de vie environnementale et sociale), Food Design Lab (nouvelles pratiques alimentaires), Digital Design Lab (innovation numérique), City Design Lab (transition vers la ville durable) et Media Design Lab (enjeux de communication et information). 

Le Food design Lab pose la question de l’alimentation de demain : comment nourrir 8 milliards d’habitants sur terre ? Quels aliments mais aussi quelle distribution alimentaire, quel emballage, quels matériaux pour quelle économie de ressources ?...  Le Digital design Lab interroge sur les interactions hommes et machines et pose la question du contrôle de ces dernières dès lors qu’elles sont dotées d’intelligence artificielle. Comment veut-on vivre mieux demain dans les villes ou bien lutter contre la désertification des campagnes ? Ce sont entre autres des thématiques traitées par le City design Lab. Le Care design Lab opère sur les problématiques liées à la santé, au bien-être et à la sécurité. Il a développé une activité importante avec les services hospitaliers. Enfin, Media design Lab travaille sur toutes les formes de médiation au moment où nous sommes submergés d’informations.


Vous ouvrez à la rentrée un nouveau diplôme autour de la mode ?

En effet, nous ouvrons à la rentrée le DN MADE Mode valant grade de Licence, avec une orientation marquée sur les usages industriels des matériaux souples. L’exigence de la responsabilité sociétale sera au cœur de nos réflexions. De nombreuses entreprises cherchent à recruter des professionnels compétents dans ce domaine alors que beaucoup de formations sont plus volontiers orientées vers le stylisme. De nouveaux types de consommation - seconde main, recyclage…- seront également étudiés au moment où, là encore, il s’agit d’économiser les ressources pour une industrie fortement consommatrice d’eau. 

Comment L’École de design de Nantes Atlantique poursuit-elle son développement à l’international ?

Pour nos étudiants, il est primordial de comprendre la culture de l’autre pour enrichir sa propre culture. L’École de design Nantes Atlantique est installée à Pune (Inde), Shanghai (Chine), São Paulo (Brésil), Montréal (Canada) et à Cotonou (Bénin) avec Africa Design School et Africa Studio. L’Afrique est le continent du 21ème siècle, son développement va bouleverser tous les rapports socio-économiques mondiaux. Le digital offre de formidables opportunités pour le développement économique de ce continent gigantesque. Nous sommes fiers d’y avoir créé une école de design dont la vocation est de rayonner sur toute la sous-région sub-saharienne.