A Make Ici Nantes, les artisans se plaisent à travailler en mode collaboratif

Après Montreuil et Marseille, c’est à Nantes que Make ICI, le réseau des manufactures collaboratives et solidaires a choisi de s’installer, séduit par l’esprit « territoire d’expérimentation » de la cité des Ducs et l'enjeu de s'intégrer dans le quartier Mellinet en cours de réhabilitation.


Ils sont ébénistes, menuisiers, forgerons, designers ou métalliers… Tous installés depuis six mois dans les anciennes écuries des casernes Mellinet à Nantes. L'idée est née de l'enthousiasme de Christine et Nicolas Bard, des passionnés du monde de l’artisanat, qui à force de s’intéresser à ce mode de fabrication et après l’écriture d’un livre sur  le sujet, décident en 2011 d'ouvrir leur première manufacture Make Ici à Montreuil, suivi d’une seconde à Marseille. Face au constat que les artisans travaillent souvent de manière isolée, et ont parfois du mal à pérenniser leur activité, leur objectif est simple : « créer une communauté de personnes qui travaillent ensemble et apprennent les uns des autres, autrement dit pour plus de créativité collaborative », résume Gatien Sepulchre, responsable de Make Ici Nantes. 

Bientôt 80 artisans

Deux grands ateliers bois, un atelier métallurgie et ferronnerie, un espace show-room, … à Nantes, une vingtaine d’artisans s’activent autour des machines, qui tournent à plein régime, à l’ombre des 5 halles en cours de réhabilitation par Nantes Métropole Aménagement. « Nous devrions être en capacité d’accueillir 80 artisans d’ici la fin 2021», pronostique Gatien Sepulchre, ébéniste de métier, en charge de la manufacture Make Ici à Nantes. Les artisans paient un abonnement de 350 euros HT par mois pour profiter de machines en utilisation partagée.

La créativité collaborative

Des collaborations naissent d’un échange ou de la rencontre avec des maîtres d’œuvre, des architectes ou toute entreprise qui vient directement exposer sa problématique sur place. C’est d’ailleurs suite à un besoin formulé par le constructeur Eiffage qu'ont été construites les tiny-houses, utilisées comme des conciergeries lors des livraisons d’immeubles. « Menuisiers, serrurier, teinturier naturel et designer textile, au total ce sont huit personnes qui ont été mobilisées sur ce projet pendant deux mois. Tout a été fabriqué sur place », se félicite Gatien Sepulchre, qui voit aussi dans cette démarche collaborative et locale le moyen de relocalisation de la production.

Participer à l’aménagement du quartier Mellinet

« Nous avons eu cette chance d’arriver au sein du quartier Mellinet, un quartier en cours de restructuration, où 1700 logements vont être construits », souligne Gatien Sepulchre, en charge du tiers-lieu. « Participer à l’aménagement de quartier et par exemple installer certains de nos artisans au pied des immeubles, de manière à remettre un circuit court collectif au coeur du nouveau quartier et à le faire vivre, car c’était l’une des demandes fortes que les habitants du quartier avaient formulées dans leurs consultations ». 

Avoir un impact social

Gatien Sepulchre n’entend pas s’arrêter là. Dans ce tiers-lieu de production, comme il aime à l’appeler, les artisans doivent aussi être prêts à transmettre leur savoir-faire. « Au-delà du rôle que joue la transmission des savoir-faire en tant qu’outil dans la démarche créative, nous voulons qu’elle ait aussi un impact social ». Un programme de formation de 450 heures, dispensé par les résidents volontaires, sera proposé à partir de septembre pour les personnes en quête d’un emploi dans l’artisanat. 


La mode éco-responsable et les composites, nouveaux enjeux

Une autre de ses ambitions est de donner une couleur locale à cette manufacture nantaise. Le développement de deux nouveaux pôles est en cours : l’un autour du textile et de la maroquinerie pour une mode éco-responsable, l’autre autour des composites. « Nous voulons proposer à des personnes qui disposent de compétences sur les composites par leur travail dans le nautisme ou l’aéronautique de nous rejoindre pour fabriquer des pièces en résine, afin qu’ils continuent à transmettre ce savoir-faire. Il peut aussi s’agir de développer des pièces en composites éco-responsables, comme le fait l’atelier Dulse, résident de ICI Nantes qui travaille à la fabrication d’un aileron de surf à base de coquille d’huître, totalement recyclable».


Quant au numérique, filière d’excellence de la métropole nantaise, il fait partie intégrante du programme de la manufacture. Rendre les artisans plus à l’aise avec le numérique et l’impression 3D, savoir utiliser la découpe laser pour les tissus, suivre une formation sur la modélisation 3D, les occasions d’apprendre et d’innover ne manquent pas. « Designers, graphistes, tous les corps de métier sont les bienvenus. Et pourquoi pas un artisan dans la réparation de clavier électronique ?». Pour faire vivre ce lieu et le développer, Gatien Sepulchre et son collègue Drew Taylor, ne manquent pas d’idées ni d’ambition.

En savoir + : ICI Nantes - 24 rue de la Mitrie.