Le Grand Défi : « Il existe à Nantes une solidarité entre les dirigeants et une culture de la responsabilité »

Permettre aux entreprises et à leurs écosystèmes de créer un nouveau modèle de prospérité économique en formulant 100 propositions d’actions concrètes, impactantes et mesurables : telle est l’ambition du Grand Défi, un processus ouvert à tous les acteurs économiques et dont Nantes accueillera la première session les 10 et 11 juin 2022, à la Halle 6.


Géopolitologue et prospectiviste reconnue, présidente du GIEC Pays de la Loire, Virginie Raisson-Victor, est à l’initiative du Grand Défi. Elle nous explique les enjeux de cette « Convention citoyenne » des acteurs économiques.


Vous êtes à l’initiative du Grand Défi. Quels sont les enjeux et les objectifs de la démarche ?

Je dirais que le Grand Défi est à la fois un constat, des enjeux et un objectif. Le constat est l’injonction contradictoire devant laquelle se trouvent les entreprises aujourd’hui : d’un côté fabriquer toujours plus de richesse pour contribuer au développement des territoires et à la vitalité économique du pays ; de l’autre, économiser des ressources pour limiter les risques environnementaux. Or, dans le cadre du modèle actuel de croissance nous ne savons pas produire en économisant les ressources, même si nous sommes plus efficaces sur le plan énergétique qu'il y a quelques années.

L’enjeu du Grand Défi est donc de résoudre cette contradiction et d’inventer un nouveau modèle de prospérité économique à la fois humaniste et régénérative, qui tienne également compte des besoins des hommes et de l'environnement.

L’objectif du Grand Défi consiste à mettre en œuvre ce nouveau modèle de prospérité économique grâce à la formulation de 100 propositions concrètes, adaptées aux entreprises pour qu’elles puissent progresser dans cette transition à la fois énergétique et écologique.

 

Quel intérêt peuvent y trouver les chefs d’entreprise ? Pourquoi devraient-ils s’engager et faire des propositions ?

Il est extrêmement important que les chefs d'entreprises participent à l'élaboration des mesures et des propositions de loi. Cela leur permet de bien s’assurer en amont que les contraintes et spécificités liées à leur secteur ou à leur positionnement géographique soient bien prises en compte. Les entreprises accepteront ainsi plus facilement de mettre en œuvre ces transformations, dans la mesure où elles auront pu participer à leur élaboration.

La deuxième raison, c’est l’émulation entre les acteurs économiques et leur écosystème. L'idée du Grand Défi consiste à créer des solidarités, mettre en lien, connecter ou reconnecter les entreprises, leurs parties prenante, les territoires, créer ou renforcer des réseaux de solidarité et des systèmes d'échanges d'expériences pour que les acteurs concernés s'accordent entre eux et mettent en œuvre des mesures et des propositions impactantes sans nécessairement avoir besoin de passer par une loi applicable à tout le monde. 

Enfin, le parti-pris du Grand Défi, c’est de ne plus être dans le top down mais plutôt participatif, collectif et inclusif : avoir une vision partagée, la décliner en propositions, les faire redescendre, les améliorer et les faire progresser pour qu’elles soient applicables par le plus grand nombre. Peut-être que certaines pourront inspirer quelques réglementations. Mais ce n’est pas l’objectif premier. Car il est évident, quand on regarde le sujet de plus près, qu'il n'y a pas forcément besoin de nouvelles lois pour être impactant, mais plutôt d’une dynamique et d’un écosystème.

 

En quoi Nantes vous paraît-il être le territoire le plus propice à devenir le premier pilote du Grand Défi ?

Ma réponse est forcément biaisée par mon expérience puisque je suis Nantaise depuis quelques années. Néanmoins ce que nous constatons au sein de l’équipe du Grand Défi (majoritairement installée à Paris) c’est que l’écosystème nantais et du Grand Ouest en général est très ancien et très actif. Je dirais même qu’il y a quelque chose autour de la dynamique nantaise, une forme de solidarité entre dirigeants, mais aussi une culture régionale, presque historique, autour de la notion de responsabilité, à l’échelle du territoire mais aussi à l'échelle des citoyens, vis-à-vis de l'intérêt général, des questions écologiques mais aussi des enjeux sociaux et sociétaux. C’est aussi une question de confiance, car nous n’avons pas perçu de rivalité, mais plutôt de la complémentarité entre les différents acteurs et réseaux. Et c’est de cette interaction que nous avons besoin aujourd'hui, c’est inhérent à Nantes, là où c'est à peine naissant, voire inexistant dans d'autres territoires.

C’est donc plus facile de s’appuyer sur les réseaux nantais, tels que Dirigeants Responsables de l’Ouest, Ruptur, Germe, Openlande, Mission Change, Immaterra, ou encore la plateforme RSE, qui sont déjà en interaction, entre eux et avec l’ensemble de l’écosystème, car le Grand défi se veut plutôt accélérateur de dynamiques. Nous voulons ainsi amplifier la force du collectif, ces réseaux d’actions, ces réseaux de confiance qui permettent de gagner du temps et d'être plus efficace dans l'idée de réfléchir ensemble à ce que c'est qu'un territoire actif à tous les niveaux pour mettre en œuvre des transformations qui permettront de répondre ensemble climatiques et de biodiversité sans oublier leur dimension sociale.


Les prochaines étapes : 

10 - 11 juin à Nantes : Diagnostic et enjeux

08 - 09 juillet à Lille : Rôle, responsabilité et impact des entreprises

16 - 17 septembre à Grenoble : Objectivation des trajectoires de transformation

14 - 15 octobre à Caen : Émergence des propositions

18 - 19 novembre à Montpellier : Formulation des propositions

15 - 16 décembre à Paris : Adoption des propositions et lancement de la Grande Diffusion


Rejoignez la dynamique en participant à la consultation du Grand Défi ou aux délibérations sur le site https://www.legranddefi.org/