« Il faut encourager l’entrepreneuriat féminin dans la tech »

Seuls 10% des créateurs d'entreprises sont des femmes, rappelle Sandrine Charpentier. L'entrepreneure nantaise a créé la startup Mixity pour permettre aux entreprises de mesurer leur capital humain et faire progresser la diversité et l'inclusion. Elle partage avec nous ses idées pour faire de Nantes une ville non sexiste.

Comment vous est venue l’idée de créer Mixity ? En quoi cette plateforme répond-elle à un besoin ? 

Depuis que je suis entrepreneure dans la tech, j’ai toujours été engagée sur l’innovation sociale au-delà de l’innovation technologique. En accompagnant des organisations, en réfléchissant sur des enjeux de diversité, je me suis rendue compte que les entreprises n’étaient pas forcément outillées sur le pilotage de leur responsabilité sociale. Autant elles savent faire du pilotage sur la performance économique ou environnementale, autant elles sont complètement dépourvues d’outils quand il s’agit de mesurer leur capital humain. Pour aider les entreprises à améliorer leurs politiques de diversité et inclusion, Mixity audite leurs pratiques et génère leur empreinte diversité et inclusion, de la même manière qu’il existe une empreinte carbone pour la planète. Cela permet de voir à quel niveau de maturité l’entreprise se situe sur les enjeux d’égalité femme/homme, handicap, diversité culturelle et sociale, pyramide des âges, orientation sexuelle et genre. 

Cela permet aux entreprises d’avoir une photographie concrète et de piloter leur stratégie en fonction d’indicateurs de progrès afin de démontrer, par la preuve, que ce qu’elles font a un vrai impact sur les collaborateurs. Aujourd’hui, nos clients sont pour un tiers des grandes entreprises, un tiers des PME et un tiers des ETI. En 2022, nous allons aussi adresser les écoles et les collectivités. 


Comment cet outil permet-il d’améliorer l’égalité homme/femme dans l’entreprise ? 

Il permet à l’entreprise d’analyser ses pratiques RH et RSE au travers d’une solution digitale qui permet de mesurer, piloter et promouvoir ses engagements. Quand on regarde les questions d’égalité homme/femme dans l’entreprise, il est important d’aller plus loin que l’étude des écarts de salaires et de la mixité dans les instances de gouvernance. Elle concerne également les politiques parentalité, les équilibres de vie, les efforts de promotion et de formation, l’évolution de carrière, ou la représentation des femmes dans les équipes à fort enjeu stratégique business. Nous aidons ainsi l’entreprise à prioriser ses actions, en fonction d’une analyse 360° de ses enjeux. Tous ces champs d’actions doivent être adressés en parallèle pour faire réellement bouger les choses et aider l’entreprise à atteindre ses objectifs d’égalité femmes-hommes. 

Les entreprises peuvent s’évaluer sur notre plateforme digitale, puis nos experts analysent les données et proposent des plans d’actions pour les aider concrètement à construire leur stratégie et leurs indicateurs de pilotage. 

En tant qu’entrepreneure, quel constat dressez-vous de l’évolution de la place des femmes dans l’entreprise ? 

Certes, cette évolution n’est jamais assez rapide. Le chemin est encore long pour atteindre une égalité réelle des chances à l’embauche et dans l’évolution de carrière. La réglementation, à travers la loi Rixain, fait avancer les choses et demande aux entreprises de s’engager davantage sur la mixité dans les conseils d’administration. Autre exemple, elle incite la BPI à féminiser davantage son comité de sélection pour l’attribution des financements à l’innovation. 

Reste que, comme le montre plusieurs études, notamment menées par le collectif SISTA, seuls 10% des créateurs d’entreprises dans la tech sont des femmes. Il y a besoin de montrer ces femmes et de rappeler que ce ne sont pas forcément des superwomen et que l’entrepreneuriat est possible pour toutes les femmes qui ont envie de se lancer ! Il convient aussi d’agir sur le financement des startups, car aujourd’hui encore, seulement 2% des fonds investis dans les startups sont alloués à des startups créées par des femmes. Les fonds d’investissement doivent aussi lutter contre leurs propres biais. Il faut encourager l’entrepreneuriat féminin dans la tech. Mixity s’engage aussi à leurs côtés pour réaliser des analyses d’investissement sur le volet de la mixité et de la diversité. Serena Venture Capital a été le premier fond à s’engager avec Mixity sur ces enjeux. 

Johanna Rolland, maire de Nantes, porte l’ambition de faire de Nantes une ville non sexiste à l’horizon 2030. Comment pensez-vous pouvoir y apporter votre contribution ? 

Je suis très fière et très heureuse que cette ambition soit portée à Nantes, ma ville d’adoption. Ma pierre à l’édifice pourrait être de contribuer à définir des indicateurs de pilotage pour voir comment on réussit ensemble cette ville non sexiste. Comment la collectivité peut mettre en place un budget genré pour sa propre organisation, comment définir des indicateurs et objectifs sur de multiples enjeux comme l’accès aux soins des femmes, l’accès à la ville pour les femmes en termes de sécurité, la pratique du sport… et pour encourager l’entrepreneuriat féminin avec des engagements de financement et des objectifs de croissance du taux d’entreprises créé par des femmes ou des équipes mixtes.  Au-delà de la vision, qui est très importante, il me semble important de définir des indicateurs concrets pour savoir de quoi on part et où on veut aller à horizon 2025 ou 2030. 


En savoir + : https://www.mixity.co/


Mixity startup à impact à l’honneur de l’émission Raison d’Etre sur BFM TV